Sylvain BEAULIEU : L'équitation ?

Une affaire de comportement !

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EQUITATION RAISONNEE

Cet article est né d’un constat navrant mettant en évidence le fait qu’à notre époque (quoique l’on verra plus loin que ce phénomène n’est pas forcément récent, mais plutôt qu’il laisse le sentiment que nous n’ayons guère évolué au fil des générations!), une grande partie des cavaliers ne “raisonnent” plus les suites gymniques permettant de développer la condition physique de “l’athlète cheval” quand ce n’est pas du simple domaine de l’entretien!

Inutile d’aborder le cas des chevaux dits “à problèmes” au sens où il faut chercher comment faire pour palier à des problèmes de conformation pour permettre au cheval considéré de “répondre au service auquel on le destine”! Ce n’est pas étonnant que dans un contexte où se ressent cruellement le manque de savoir comme de savoir-faire, la majeure partie des manuels et autres méthodes n’abordent que le travail des chevaux dont la conformation se rapproche de l’idéal!

En “creusant un peu”, on s’aperçoit que ce constat n’est pas nouveau:

Beudant expose, comme une “mise en garde”, que “...pour dresser un cheval, il faut bien se rendre compte de ce que l’on cherche, et ensuite réfléchir aux moyens à employer pour y parvenir...”

Le général Decarpentry, par la quantité de détails donnant lieu à la réflexion, laisse tout lieu de croire que ces propos amènent le dresseur à raisonner ses exercices.

Plus proche de nous, le commandant Licart nomme un de ses ouvrages “équitation raisonnée” et je pense que le choix du titre n’a rien d’anodin, et met en place méthodiquement  dans un autre ouvrage (Dressage), point par point, les étapes du dressage du cheval en s’appuyant systématiquement sur des critères amenant le “cavalier-dresseur” à réfléchir:

  • la situation (le point, l’état des lieux)
  • l’objectif (ce que l’on cherche)
  • la progression (comment procéder, par quels moyens)

Pour ma part, j’ai adopté ces règles de travail depuis des années, en sorte que pour chaque cheval, une observation suivie de réflexions, font que la gymnique est adaptée à chaque cas, répondant à des problèmes à résoudre différents en fonction des (in)aptitudes de chaque cheval. En bref, il faut raisonner le choix des exercices en sorte qu’ils soient adaptés à chaque cas.

Avec du recul, je crois que je n’aurais pas été capable de mener à bien le dressage de mes chevaux sans raisonner les suites gymniques ayant pu leur faire acquérir des qualités qu’ils n’avaient pas pour certains, où qu’ils n’avaient plus pour d’autres!

Ces quelques lignes ne sont que des évidences, c’est un fait!

Et pourtant, combien de cavaliers sont capables d’exprimer clairement la raison pour laquelle ils font faire tel ou tel mouvement à leur cheval, ce qu’ils cherchent à obtenir, comment vont-ils procéder pour y parvenir, jusqu’où peuvent aller leurs exigences, etc...

La plupart des cavaliers interrogés “sur le vif” sont vite dans l’embarras, et leurs réponses tellement vagues et d’ordre général, que tout laisse à croire qu’on en soit arrivé à faire des exercices …....parce qu’il faut les faire! En clair, “on fait pour faire”.

En ressort des cavaliers qui ne raisonnent plus les suites gymniques, qui n’adaptent plus les multitudes de combinaisons permettant d’améliorer les qualités naturelles de leurs chevaux pour qu’au final, “le cheval exprime tout le brillant que comporte son ensemble” pour citer Faverot de Kerbrech.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que soient apparues le rollkür et d’autres pratiques plus proches de la maltraitance que du développement harmonieux du cheval (le fait qu’il soit question d’interdire de filmer ou photographier la détente des concours de haut niveau parle de soi-même...); la gymnastique de celui-ci étant orientée non pas dans le but qu’il se développe physiquement, mais pour qu’il permette de gravir les marches des podiums...avec pour retombée particulièrement néfaste pour les chevaux, le fait que les cavaliers amateurs “copient” avec plus ou moins d’adresse les techniques utilisées par les champions..., avec l’approbation de certains enseignants qui eux-mêmes emploient ces mêmes “techniques”!

Qu’avons-nous fait de l’héritage de l’École de Versailles, des Baucher, L’Hotte, Beudant, Decarpentry … et des autres! La liste est si longue que c’en est encore plus incohérent!

Qu’est-ce donc que l’équitation?

La priorité n’est-elle pas de le rendre facile et agréable à monter?

Pour cela, le “dresseur” devient professeur de gymnastique (entre autre) en sorte que son élève acquiert une musculature adaptée au service auquel il est destiné, ainsi qu’une bonne compréhension du “langage des aides”.

Le “cheval-élève” est comme un écolier, et je ne crois pas qu’il puisse acquérir une bonne instruction sans un “programme” construit!

Pour finir sur ce tableau bien noir, j’en conviens, je ne peux que répéter ce qui vient d’être abordé en citant Beudant:

“...observer et réfléchir sont certainement les premières choses à faire quand on veut dresser un cheval...”

Et d'ajouter qu’il y a tout lieu de se méfier, ou tout du moins ne pas prendre pour “argent comptant” des directives émanant des enseignants au même titre que “la recette magique” de telle ou telle méthode si ne sont pas exposés clairement le “pourquoi et le comment” justifiant que ces directives aient du SENS!